Norvège – on se gèle
Le compte à rebours est lancé: trois mois. Loin au sud, Athènes et son Acropole nous attendent – 7’000 kilomètres à grignoter à la force de nos mollets, jour après jour. Un défi sportif, une nouvelle aventure à deux. Et surtout beaucoup d’heures à passer en commun sur notre fidèle tandem à discuter, raconter des blagues nulles et, forcément, à s’ennuyer un peu.
Dès notre retour, l’idée de repartir gambader dans la nature nous trottait dans la tête. Deux ans déjà séparent notre dernière aventure à vélo, aspirés que nous étions dans une tornade routinière de travail, d’obligations et dans un quotidien un peu trop huilé. Jeunes trentenaires, nous sommes encore à l’orée de notre vie active. Et avant de se laisser emporter par le courant, nous voulions prendre le temps de souffler, de respirer un peu la liberté et de ralentir le rythme. Utiliser ce magnifique et simple prétexte qu’est le voyage à vélo pour se libérer l’esprit à force de tourner les jambes. S’offrir une fenêtre d’air et de bien-être pour se recentrer sur nous. Et manger des kanelsnurrers. Surtout manger des kanelsnurrers (ces délicieux petits escargots roulés à la cannelle, parfois à la cardamome, beurrés et fondants à souhait).
La pluie bat la fenêtre de notre petit appartement à Oulu, au bord de la Baltique. Guère plus de deux semaines, la barre symbolique des premiers 1000 kilomètres déjà franchie. Le voyage s’installe, les jambes souffrent, l’esprit s’allège. L’automne et ses magiques couleurs est là, la pluie des pays nordique est omniprésente. Nous visons les créneaux secs pour s’enfiler des kilomètres en quelques jours, s’écroulant dans un logement au sec pour laisser passer les grains qui s’enchainent. Bien à l’abris, j’en profite pour trier les photos. Qu’il parait déjà loin, ce cap nord. Je me replonge dans ces instants.
A peine les portes du ferry s’ouvrent que la brume, la bruine et le froid s’insinuent sous nos habits. Urs glisse une roue timide sur l’asphalte humide. Une bicoque d’un étage court le long du quai. Ses longues planches formant son mur peintes du rouge caractéristique des pays scandinaves, les fenêtres bordées de blanc. Nous sortons du ventre d’acier du navire, dont les couleurs répondent aux maisons. Bob s’impatiente, la caravane que nous formons s’élance lentement. Nous sommes parmi les premiers à sortir ce matin, quelques silhouettes se découpent dans la lumière naissante du matin luttant contre la pénombre des nuages. Le quai est humide, on y voit à quelques dizaines de mètres à peine. Plus loin, une bâtisse bleue se découpe. Bienvenue en Norvège, bienvenue à Honningsvåg – dernier village avant le cap nord. Quelques coups de pédales sur les quais. Une multitude de petits bateaux de pêche, bien rangés, nous font une haie d’honneur silencieuse. Leurs mâts immobiles perlent d’humidité et se reflètent nettement sur l’eau calme du port. Nous longeons la rangée de maisons surplombant l’estuaire, dont les vitres sombres laissent deviner de la lumière et de la vie à l’intérieur. Nous lisons les écriteaux en passant devant les commerces. La boulangerie la plus septentrionale d’Europe; le supermarché le plus au nord; la dernière station service avant l’arctique. Le ton est donné: sortant de notre été caniculaire, on se les caille!




Une matinée de vélo nous attend pour rejoindre le cul-de-sac appelé officiellement le cap nord, une majestueuse falaise séparant la mer de Norvège, à l’ouest, et la mer de Barents, à l’est. Passons sur les débats, légitimes mais très philosophiques, pour savoir si ce point est réellement le point le plus septentrional d’Europe – car le cap se situe sur une île et n’est même pas le point le plus au nord de l’île. Cependant et pour y avoir été, je vous assure, qu’il est déjà très très au nord. Et l’endroit est suffisamment solennel pour y décréter un point de départ imposant.





A ces latitudes, les paysages sont dépourvus d’arbres. Les douces collines sont couvertes de mousses orangées et de lichens arborant de vives couleur – du vert clair au orange pétant en passant par le vert pomme ou le blanc. Quelques rares buissons, de maigres brins d’herbes luttant contre le vent froid et humide balayant l’île, des étangs aux rives parsemées de linaigrettes à la fleur cotonneuse. Au loin, des rennes s’activent pour la courte période que l’on nomme été. Et une route, traversant ces paysages grandioses et désolés. Un tandem. Soudain, la route s’arrête. Une falaise de roche noire de plus de trois cent mètres tombe dans une mer aux eaux profondes. Une sphère en métal représentant le globe terrestre surplombe ce point symbolique. L’atmosphère nous saisit. C’est un instant magique. Des mois que l’on en rêvait, l’aventure qui redémarre. Beaucoup d’émotions.





Et de touristes. Arrivant en cars, par dizaines. Au bout du monde, nous ne sommes pas les seuls à avoir emprunté un bateau pour visiter les côtes norvégiennes. Un immense parking déverse son lot de visiteurs et notre cap nord grouille de personnes inscrites à l’excursion du jour, qui recevront fièrement le certificat du Cap Nord. Même à ces latitudes, la manne touristique… ne perd pas le nord !
Un petit selfie, un rapide pique-nique et nous élançons en direction du sud. Si tout se passe bien, la prochaine fois que l’on changera de cap, ce sera après un verre d’ouzo.


Remerciements
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Un commentaire
Vikto
Ouiiii tandem on tour est de retour ! Toujours un plaisir de vous lire