Anatolie & Caucase

Turquie III – Cappadoce

Féerique Cappadoce. Au détour d’une colline anonyme, la route sinueuse plonge abruptement. Urs file librement sur ce bitume soudain en bon état, sans zébrure ni traîtres nids de poule. Dévalent la pente, l’excitation bat son plein, on lance des « Youhou! » et on se dandine sur les selles. Et soudain, se dressent devant nous les gardiennes centenaires des lieux. Pour la plupart les cheveux au vent, certaines abordant fièrement une lourde pierre en équilibre précaire en guise de couvre-chef, et toutes vêtues d’une longue et élaborée cape grise. On imagine les volutes des tissus emportés par le vent, à presque les entendre claquer, pourtant figés pour l’éternité. Le spectacle minéral de la Cappadoce, forgé par l’activité volcanique, s’offre à nous à chaque détour de la route qui défile. Au loin, les falaises colorées du mont Akdag s’entortillent, mimant de vives flammèches tout en nuances d’ocres, de roses et de grenats; on glisse le long des vallées érodées par les flots, sculptées en de splendides décors où un regard fertile (ou loufoque) pourrait imaginer d’infinies scènes, des formes oniriques ou des songes inavoués. Les formations se succèdent, chaque engoncement donne son ambiance: des formes élancées ou un orgue de pierre, des couleurs enflammées ou de riches textures. Un festival de danse de géants, emmenés par un rythme si serein que notre œil éphémère n’y voit qu’immobilisme.

La valse des bibendums ventripotents.

Pittoresque en surface, les civilisations successives ont transformé les lieux en termitière géante. Pour se réfugier du soleil et des guerres, des siècles de patience ont inlassablement creusés le tuff et la roche volcanique, transformant la moindre roche en habitation, en chapelle, ou, de manière plus contemporaine, en hôtel chic. Une petite fissure, un trou de fourmi, peut cacher l’entrée d’une véritable ville souterraine de plusieurs centaines de mètres de profondeur.

Un bon pote, cet arbre.

La Cappadoce moderne est un véritable noyau touristique – nœud détonnant au milieu des immensités presque désertiques de l’Anatolie. On parle anglais, les hôtels s’alternent avec les restaurants, le touriste est à son aise. Le cycliste, soyons honnêtes, aussi. Pour une semaine, on délaisse notre quotidien fait de route, de poussière et de soleil, on s’ébroue en laissant nos habits crasseux sur le sol. Urs se glisse dans le hall de la réception, alors que nous faisons de même dans des draps propres avec un soupire d’aise. Lavés, reposés, on déambule tranquillement dans ce monde si facile. Lorsque l’envie nous en prend, on déguste un café-baklava sur une terrasse, soudain anonymes dans une foule de touristes à la haute saison. On voudrait s’écrier de manière puérile à qui veut bien l’entendre: « Oui, on est venus à vélo! A vélo!!! ». Après nos efforts, le moindre confort est comme mérité, la paresse prend une dimension toute particulière, presque légitime.

Manger, tout un art. Surtout lorsqu’il s’accompagne d’un combat de tous les instants pour ne pas payer trois fois le prix accordé à la clientèle turque.

Paradoxe de notre détour de 1500 km, nous sommes lessivés par l’effort et donc peu enclins de nous lever à l’aube par la raison principale de notre venue. Les montgolfières. Chaque matin, à l’orée du jour, la magie opère dans une mécanique bien huilée. Une centaine de ballons de toutes les couleurs s’élèvent dans le ciel calme, naviguant et animant les congrégations rocheuses. Un spectacle enchanteur, lent et éphémère, que ces grosses boules tournoyant dans la douce lumière du jour naissant. On se lève un premier matin pour les admirer, puis un second, encore un autre… On ne se lasse pas de cette mélodie vivante, improvisée et revisitée sans cesse. Une danse vivace de fées boulimiques et débonnaires.

Bonus: des montgolfières et des troglodytes

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