L'Europe

Slovaquie & Hongrie – de Perles et de Plaines

De Vienne l’agitée à Bratislava la charmante il n’y a qu’un après-midi à rouler sur une digue droite et monotone. La Slovaquie à portée de pédale. Pauline, animée d’une douce folie, chante à tue-tête: tout y passe. De Céline Dion au Rois du monde, de la chanson française aux classiques des karaokés. Les heures passent en une poignée de secondes, l’humeur enjouée est au rendez-vous.

Les Alpes contournées, nous entrons dans cette plaine immense qui prendra fin dans la lointaine Roumanie, avec les Carpates. A plus de 1000 kilomètres.

Malgré un accueil un peu délabré avec une douane à l’abandon et des blocs d’habitation datant d’une autre époque, le charme de la capitale de ce petit et jeune pays slave opère rapidement. De belles ruelles pavées et piétonnes, une ambiance de bon vivre et de respect, une atmosphère agréable qui se poursuit dans le calme et la convivialité jusque tard dans la nuit. Sa jeune indépendance, sa nature encore préservée et son dynamisme offre à cette Slovaquie des atouts certains et, sur la longue liste des rêves, nous y notons un rendez-vous. De ce collier de perles formées par les villes le long du Danube, Bratislava en restera probablement le joyau.

Car j’étais sur la digue, toute la sainte journée

Mais nous avons besoin de repos et c’est à Budapest que nous échouerons pour le prendre. Nous nous glissons à nouveau sur la digue et entrons en Hongrie, après de longues heures qui se ressemblent un peu. Arrêt culturel et nécessaire.

Le lendemain, sur une corde tendue entre deux arbres, la lessive humide sèche au soleil. Par moment, une goutte se détache et s’enfuit dans le gazon encore vert du printemps. A moitiés assoupis, étalés dans nos chaises qui font office de canapé, main dans la main, nous paressons durant les heures chaudes. A l’ombre d’un petit érable dont les feuilles bruissent dans le vent, cette journée de repos est d’un confort bienvenu. Bientôt, une balade aboutira sur une glace, la ville se parcourera en trotinette électrique – petit moment de folie moderne et de repos des jambes. Demain en selle n’existe pas encore.

Budapest l’Immense étale sa majesté sur les deux rives, où les dantesques palais s’altèrnent et ne cèdent le pas qu’à de rares et hideux hôtels internationaux. La circulation, calme, se ponctue des allés et venues des trams d’un charme pittoresque. Il fait bon se balader dans ses rues où le moindre bâtiment a un charme propre.

On aurait pu prendre le tram, mais la trotinette est tellement plus drôle

Nous quittons la capitale hongroise dans une chaleur qui ne fait qu’augmenter. Passer la ville marque pour nous la fin du voyage facile: les routes encore asphaltées se grèvent de nids de poule, parfois le sable des pistes nous désarçonnent, tantôt la roue d’Urs s’embourbe profondément dans la vase, le soleil se fait toujours plus ardent. Mais, de nos sourires amicaux, on arrache des réponses agréables, des signes joviaux. A faire le premier pas, les portes s’ouvrent et la population hongroise ne semble pas dérober à cette règle. A l’ombre d’un arbre un couple nous harponne et un dialogue de sourds débute, à fort renforts de rires, de sourires et d’incompréhensions. Les quelques mots d’allemand connus en commun suffisent: ils viennent de Budapest, on roule depuis la Suisse et on est mariés. On se fait de grands signes et se sépare, un sourire au coin des lèvres.

Le café matinal au bord du Danube

Pour éviter nos deux ennemis du moment – les moustiques et la chaleur – nous roulons en deux phases. Le matin, nous jaillissons de la tente, plions celle-ci en un temps record et roulons au plus vite pour fuir les premiers. La pause de la mi-journée s’étend de longues heures pour faire face à la seconde. A l’ombre d’un arbre, un bout de pain à l’huile d’olives ou à la pâte de paprika à la main, nous admirons le Danube couler de sa grâce impérieuse. De filet d’eau, il est maintenant fleuve imposant où même les péniches naviguant en ses eaux paraissent dérisoires. Nous faisons route plein sud et approchons rapidement la frontière serbe, montant la tente à la tombée de la nuit et nous lançons à l’intérieur au plus vite. Nous devenons experts de la fuite de la pause moustiquées, mangeant parfois en selle pour éviter ces volants voraces. Nous sommes devenus des cyclistes des crépuscules, ne roulant que quand les ombres s’allongent ou que la journée se fait encore timide. Un chameau à roulette dont l’ombre se projette sur ces immensités de blé, d’orge, de tournesols ou de colza qui nourrissent la moitié de l’Europe. Les lumières du soir parent d’or ces champs mûrs, que les moissonneuses battent déjà d’un balet infatigable. Une beauté douce qui s’apprivoise au fil des jours.

Ne pas oublier de regarder la route, sinon on botte en touche!

Ce soir, réfugiés sous la tente, après une moustique furie particulièrement vorace, nous nous endormons bercés par le vent dans les arbres, lorsque:

« Bon, Monsieur sanglier. On est dans la grosse tente verte. Fais ta vie, on fait la nôtre. Tout ira bien. »

Une tentative de pourparlers avec la bête s’approchant dangereusement de notre couchette. Dans le noir, un couinement. Deux grognements sourds. Quelques craquements. La famille sanglier semble d’accord avec le marché. Nous dormirons, sans heurts. Mais de manière légère, prêts à recommencer les négociations au besoin.

3 commentaires

  • Laurence Audeoud

    C’est génial de vous voir avancer et suivre le rythme qui vous convient!
    Et découvrir ces contrées inconnues, et vous ouvrir aux rencontres!
    Quelle aventure !
    Bisoussss Môm

  • Rosette

    Que du bonheur de suivre vos aventures et de voir que vous avez bien trouvé votre rythme! Continuez de bien profiter et de nous donner de vos nouvelles 🥰 On pense souvent à vous pendant nos préparatifs qui s’accélèrent et on vous embrasse fort!

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