
L’attente
Les sacoches sont pleines, le vélo a été révisé de fond et comble, la démission est posée et notre maison – s’entendant roulante – va trouver une place à l’abri des éléments pour au moins une année. Il ne reste, littéralement, plus qu’à attendre que les minutes s’égrènent pour se lancer dans ce projet rêvé depuis tant d’années. L’attente, et la patience – ou plutôt l’impatience – qui vient avec est un concept intéressant: à strictement parler, chaque seconde qui passe s’écoule dans le même laps de temps que celle qui la précède et que celle qui va la suivre. Pourtant nous donnons toujours une importance différente à chaque instant, une saveur particulière à tout moment: « j’ai perdu mon temps », « quel bon moment on a passé », on jette un regard subjectif sur ce phénomène objectif. On classe les moments, on les trie. Alors, dans ces moments qui précèdent notre départ, je tente au mieux de savourer toutes les heures qui me font trépigner – piaffer devrais-je dire – d’impatience. Savourer ce temps où tout est possible, où les futurs ne sont pas encore vécus et où la réalité n’a pas encore rejoint les rêves. Combien de temps partira-t-on? Une année, comme espéré? Une heure qui verra un problème rédhibitoire nous renvoyer dans nos pénates? Quelques semaines, mois ?
Aura-t-on autant mal aux fesses que ce l’on craint? Ou finira-t-on par enfin s’habituer à l’inconfortable position que ce mode de transport nous impose? Mangera-t-on que du riz et des pâtes en Asie Centrale – et ce pendant 3 mois! – pour éviter le mouton et le lait de jument fermenté ? Arrivera-t-on seulement en Asie Centrale? Aura-t-on assez d’argent? De motivation? Quelles seront nos joies, nos peines, nos difficultés? Tant de questions qui tonnent, en boucle, auxquelles on peut imaginer autant de réponses que l’on veut – nous ne les avons pas encore vécu. Un frisson de motivation autant qu’une gageur.
Prosaïquement, l’attente permet aussi de boucler les derniers préparatifs administratifs et techniques ; l’assurance maladie – rien à faire tant qu’on paie – la déclaration d’impôts, les assurances voyages et accident et… C’est à peu prêt tout en fait. Une fois la démission donnée, la checkliste de la paperasse est assez courte. Du côté de la technique, notre tandem étant déjà à la cave, la remorque testée, il ne restait plus qu’à choisir nos habits – à troquer un vieux t-shirt troué contre un plus récent- et à rafraîchir la batterie de cuisine, à remplir les sacoches et nous voilà fin prêts. Presque décevant. Bon, ce n’est pas tout à fait exact, il y a eu quand même de nombreuses listes et vérifications, mais au final partir à vélo c’est emporter le strict minimum et cela implique une logistique réduite: des habits, de quoi dormir sous tente , de quoi cuisiner, quelques annexes – pharmacie, appareil photo – et le tour est joué. D’autant plus que nos vadrouilles à pied ou à ski nous ont rôdé pour ce genre d’expériences et la cuisine sur réchaud ne devrait pas poser de problèmes majeurs. Ce serait même l’occasion de se lancer dans quelques petits challenges: mille-feuilles, pizzas, pain, mousse au chocolat: le tout à la poële, sans frigo ni électricité et avec des ustensiles plus que limités.
De belles tentatives en perspective pour occuper certaines soirées où, je nous imagine perdus au milieu de mornes plaines sans fin, nous n’aurons d’autres occupations que manger, nous reposer, discuter. Je me réjouis de cette vie que j’imagine simple; je me réjouis de confronter nos rêves à la réalité, de passer du temps avec ma moitié. J’espère que, quelle que soit la direction que prenne notre aventure, celle-ci se déroule sans casse majeur et nous apporte de beaux souvenirs communs. J’ai hâte, j’ai peur, je me réjouis beaucoup.


Se préparer
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2 commentaires
Èch
Mais quel poète poët ce de Motz! Bon voyage les loulous!
Laurence Audeoud
Le bonheur, ce n’est pas le but.. le bonheur, c’est le chemin!
Heureuse d’avoir pu vivre ce départ avec vous!
Bisous de Môm