L'Europe

Autriche – le baiser de la limace

L’éclair zèbre le ciel sombre, illuminant brièvement les arbres ballotés par les bourrasques violentes de l’orage.

1… 2…

Avec fracas, le tonnerre tonne à nos oreilles déjà assourdies par le vent. Il est tombé près, celui-ci. Plus de doutes: nous sommes au cœur de la tempête. La pluie battante, l’assombrissement du ciel en pleine journée et les puissants souffles qui nous font tanguer auraient pu déjà nous mettre la puce à l’oreille.

Le sourire naïf avant la tempête

La pluie frappe violemment nos capes, le vent les fait claquer. Nous roulons. Eclairs et grondements sourds s’enchaînent. Nous nous acharnons sur nos pédales. Le vent, de son fouet brusque, nous immobilise presque par moment. Sur cette digue, long tracé rectiligne, nul besoin de chercher un abri: il n’y en a pas. A gauche, les flots tumultueux; à droite des champs et une forêt dense et impénétrable. Il ne reste qu’une solution digne dans laquelle nous nous enfonçons: la fuite. Nous y mettons toute notre énergie. Deux fantômes rouges, avançant fébrilement sous des trombes d’eau. Trempés jusqu’au cuissard, impressionnés par les éléments qui se déchaînent et penauds de nous retrouver aussi exposés, nous tentons de faire bonne façon.

Splash! Une poche d’eau accumulée dans un pli de cap se déverse dans le seul endroit qu’il me restait de sec: ma chaussure droite. La prochaine fois, en voyant les nuages s’approcher, on cherchera un abri. Promis!

Un lièvre détalant au petit matin.

L’Autriche, contre toute attente, se révèle être un pays plat. Parfois très humide, mais avec le mérite notable de n’offrir au cycliste aucun relief. Nous avalons aisément une centaine de kilomètres par jour et campons non loin de la digue. Après avoir bravé au soir les monstres sanguinaires, une autre présence se fait sentir au matin. Peu agressive, voir complétement inoffensive, mais bien plus, mais alors vraiment plus gluante. La limace. Par dizaines, ces amicales indigènes nous souhaitent la bienvenue de leur bave collante. Au rituel du matin s’ajoute un délimaçage nécessaire et peu ragoûtant.

Une chapelle non loin de la digue.

Un peu plus de deux semaines après notre départ – seulement? déjà? – nous entrons dans une Vienne bruyante et agitée; contraste violent avec le calme de la nature avoisinante. Sales, humides, fourbus, mais heureux d’avoir complété ce premier tronçon qui nous ouvre les portes de l’Europe de l’est. La farandole des dynasties, Habsbourg en tête; la danse des musiques et des châteaux; le confort des draps d’une chambre d’hôtel: autant de compagnons pour nos jours de repos dans la capitale autrichienne. Urs, dans son garage couvert, est bichonné, huilé, on lui change ses premières plaquettes de frein.

La grande roue de Vienne, surplombant le parc d’attractions.

Avant de repartir, un petit clin d’œil à ces rencontres fortuites, qui nous lisent peut-être. Peter, ses enfants, et leur amour pour le tandem; cette retraitée anglaise et ses conseils avisés que nous suivront scrupuleusement; tant d’autres dont les discussions animent parfois un bout de chemin. Voyager pour soi, à l’écoute de l’autre.

Pollux découvre le vin de Wachau à l’ombre d’un banc.
Un observatoire de la faune, petits abris parsemant la campagne.

3 commentaires

  • Marion

    Ahahahah j’adore votre photo avec le sourire naïf avant la tempête!! J’adore vous lire, par vos mots et votre ponctuation je sens le tumulte de la tempete!! …. gros bisous les copains

  • Rosette

    Toujours très sympa de vous lire et d’imaginer vos aventures les amis!! Une question me vient en parcourant votre article: qui de vous deux est dessinateur et comment ne l’avions-nous jamais su avant…? 😮 Gros bisous depuis notre van qui vous fait aussi un coucou! 🚐

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