Ouzbékistan II – Cyclistan
Je veux rentrer dans Bukhara à vélo.
Pauline pleine d’entrain, 2016
Rêve ou Caprice ? Mince nuance, désir exaucé. Dans les traces des caravanes de jadis, nous émergeons de ces paysages immémoriaux. Par les statues de chameaux et les ruines régulières d’abris providentiels, le thème du moment est donné. Nous avons rejoint le tracé de l’interminable ligne imaginaire reliant l’Asie Orientale à l’Europe: la Route de la Soie. Quatre pattes et deux bosses poussent à Urs, nos sacoches se transforment en fonte remplies de porcelaine et de pierres précieuses. Dans un moment particulièrement fécond, on s’imagine en marchands d’antan. Les rares cyclistes que l’on croise sont des confrères, on s’arrête, on discute, on reçoit et on prodigue des conseils sur la route à venir. On se définit selon l’origine et la destination. Un russe. Un iranien. Un chinois. Eux roulent vers l’ouest, nous vers l’est. La langue anglaise se fait rare, on discute à travers l’interprétation des mains et de la traduction automatique. La route s’étend et des frissons d’excitation s’empare de nous en rejoignant les remparts de la plaque tournante du commerce mondial: Samarcande, la marchande. A peine plus à l’est que sa consœur Khiva, qui marque la dernière étape avant le grand désert Perse, la ville est entourée d’un halo de mystères. Éreintés par notre longue route, nous nous effondrons dans notre guesthouse aux allures de caravansérail.

Broderies. Étoffes. Petits capets, foulards ou tapis. De la soie, sur les étals, il y en a. Mais s’adjoignent le coton et la laine, le bois et le l’orfèvrerie, les noix et les fruits séchés. Dès le point du jour, les rues pavées font office de tréteaux pour la myriade de vendeurs et d’artisans qui s’emparent des lieux, juste avant l’arrivée des premiers touristes – et surtout bien avant que l’on sorte de notre torpeur matinale. A l’ombre des imposantes et pimpantes portes des madrassa – ces écoles coraniques à l’architecture élaborée – , les échanges et démonstrations vont bon train: on découpe des arabesques dans des boîtes sophistiquées, on poinçonne à la soie de florales broderies, on enchaîne avec frénésie les nœuds qui formeront d’immenses tapis. La cité n’a en rien perdu de sa superbe, les cultures s’y rencontrent encore dans un sentiment de centre du monde.




Après une petite incartade dans cette agitation, nous nous réfugions dans le calme de la cour intérieure de notre logement. Petit havre de paix, fleuri de basilic et de fleurs en plastique aux couleurs vives, les murs en brique d’argile recouverts de vaisselle colorée dans un ensemble harmonieux et un peu kitch. Sous l’invitation de nos hôtes, nous partageons un thé assis en tailleur autours d’une table basse. La cadette des filles joue l’interprète. D’ouzbek en anglais, et à l’inverse. Ah non! De tajik en anglais. La famille, comme beaucoup en ville, parle tajik – variante du farsi parlé en Iran – dans ce pays parlant principalement l’ouzbek. Tous parle aussi russe, vestige de l’URSS. Et du haut de ses quinze ans, la jeune fille jongle avec ces quatre langues, leur culture et leur alphabet propre. Une performance linguistique qui nous fait voyager aux confins des mondes, entre boutades bon enfant et dissertations sur les changements de mœurs de la société locale.

Coincé entre d’immenses puissances – Chine, Turquie, Iran, Russie notamment – ballotté par l’histoire, l’Ouzbékistan n’a vu ses frontières modernes n’être dessinées qu’au siècle dernier par l’empire russe et n’a gagné son indépendance il y a à peine trente ans. Un pouvoir central qui a découpé une carte par ethnie pour construire des républiques soviétiques qui deviendront autonomes. Des steppes qui ont vu des empires naître, des Mongoles aux Huns, d’Alexandre le Grand à Tamerlan. Une croisée des cultures, une mosaïque des peuples qui se croisent, se construisent et cohabitent.


Portés par ces discours au parfum d’ailleurs, nous profitons de cette belle soirée d’automne pour se laisser flâner dans les ruelles piétonnes. On louvoie entre les maisons d’adobe – cette argile mêlée d’un peu de paille – ou de briques, on fait couiner nos chaussures sur les dalles polies des rues, on se laisse porter par l’histoire des millénaires, de cette ambiance orientale agrémentée d’une douce saveur de découverte et d’esthétisme.



Le désert derrière nous, d’immenses géants se dressent à l’est. Le Pamir n’est plus qu’à quelques coups de pédale. On se prélasse encore un peu dans le confort des ruelles, on se délecte des saveurs locales. Les prochaines semaines s’annoncent rudes avec l’hiver qui s’éveille déjà et plusieurs cols à franchir.
Ouzbékistan - Course de relais
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3 commentaires
Laurence Audeoud
C’est génial, j’ai l’ mpression de voyager avec vous!
Pierrick
Merci pour cet article très intéressant, ça donne très envie de découvrir ces endroits. Ça semble magique tout ça !
Elle est incroyable la photo des gens dans le cotons. C’est fou!
Merci pour ces partages et bonne route
Pierrick
Géniale la vidéo 😊