Allemagne – paradis du cycliste
Le voyage s’imprègne en nous et, petit à petit, nous prenons nos marques dans ce monde semblable, mais pourtant nouveau. Malgré notre préparation, il y a cette somme de petites premières, ces découvertes qui font le piment du voyage. Le premier plein où l’on se rend à la station service: 1€60 pour notre réchaud entre deux poids lourds absorbant des quantités vertigineuses de carburant; les discussions des cyclistes, où les questions rituelles deviennent presque des salutations « tu vas où? », « tu viens d’où? », « combien de kilomètres par jour? »; les glaces qui succèdent aux pâtisseries.
En rejoignant le Danube, fleuve paresseux étendant son bras au travers des forêts allemandes, les routes se font plates et les kilomètres raccourcissent. Nous pédalons, gaiement, dans ces décors enchanteurs. Les falaises de calcaire viennent se jouer du fleuve encore jeune, le forçant à se tordre et à ruser pour trouver son chemin entre roseaux, abbayes centenaires et châteaux perchés qui nous toisent du haut de leur colline. Nous louvoyons en suivant les flots. Les maisons se parent de colombages, les assiettes se remplissent de schnitzels et de frites, s’arrosent de bière. Nous voilà en territoire allemand, en Bavière.

Parcourir ce pays à vélo, dans une météo qu’aucun nuage ne vient troubler, est d’une facilité déconcertante. Les bandes cyclables sont séparées de la route, systématiquement. Les Biergarten et Bäckerei s’échelonnent, les petits villages de charme et les tables à l’ombre agrémentent la route. Il y a dans l’atmosphère et dans la culture de profondes valeurs de respect et de voyage à vélo, nous rendant cette seconde semaine simple et agréable. Ce matin même, une voiture a fait une marche arrière brutale à la sortie de l’autouroute pour nous faire de la place, alors que nous apparaissions au loin.

La dentelle élégante de la flèche pharaonique d’Ulm nous ombrage le temps d’un après-midi, alors que notre route vers l’est voit les chapelles se multiplier. Pas une croisée de chemin sans un arbre, un banc et une croix chrétienne ou un petit oratoire blanc. Très pratique pour y appuyer Urs dont la béquille, sous le poids des sacoches, a rompu. Nous longeons toujours ce Danube, à l’ombre des arbres qu’il irrigue. Bien que la campagne sèche au rythme de l’été, les rives restent grasses et humides. Cette ombre paisible nous attire de manière irrésistible, comme des mouches par le miel d’une plante carnivore.
Moustiques folie : moment d’hystérie où, sous l’assaut des hordes de monstres volant assoiffés de sang, l’urgence est la fuite. Une fuite incontrôlée et peu gracieuse, mais salvatrice.
Peu à peu, la pointe des églises se coiffent d’un chignon élégant, sorte de bulbes coquets remplaçant notre sempiternel clocher pointu. Ce matin, sous la pression de nos mollets, les pédales tournoient et nous voilà déjà à Passau, dernière ville allemande. Le ciel se charge lourdement et nous avons juste le temps de nous réfugier sous la tente avant que nous arrose le ciel. La tente tient le choc et nous nous endormons au rythme du crépitement de la pluie sur la toile. Doux abri. Demain, nous serons en Autriche, mais les averses risquent de s’inviter pour le trajet!
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2 commentaires
Aline
Trop beau texte! 😍
Catherine
Bravo les photos sont magnifiques. A bientôt